Le liseur,
Bernhard Schlink.
Du liseur, on ne ressort pas totalement indemne, pas tout à fait le ou la même. Terminé dans le train, je me suis un moment laissé aller à observer le paysage d'un air absent, incapable de mettre un mot sur ce sentiment nouveau et dérangeant. Est-ce cela l'anesthésie que le personnage principal, Michaël Berg, tente de décrire si péniblement? Est-ce aussi être coupable que de se taire? Comment juger quelqu'un qu'on a aimé? Les questions qui l'obsèdent deviennent nôtres. Michaël, on le rencontre à 15 ans, alors qu'il découvre l'amour au contact d'Hannah Schmitz, une trentenaire mystérieuse. Si le jeune garçon, comme Hannah aime le nommer, nous devient très vite proche, son amante reste distante, incompréhensible, froide, presque antipathique. Le liseur nous plonge, presque malgré nous, dans l'Histoire de l'Allemagne nazie avec ce qu'elle contient d'horreur, de non-dits, de volonté de justice. Cela mêlé aux sentiments de Michaël, qui nous sont aussi insupportables que pour lui. On ne comprend pas. On a envie, besoin de réponses. On fait des erreurs qu'on tente de corriger. On continue à vivre. Plus qu'un énième roman sur l'attitude à adopter face à l'après nazisme, Bernhard Schlink aborde une question nouvelle, douloureuse : que faire quand on a aimé quelqu'un ayant participé à tout cela? L'écriture, pourtant assez simple, nous emporte totalement au coeur de ce roman plus qu'émouvant. J'attends avec une certaine impatience l'adaptation de Stephen Daldry qui a valu à Kate Winslet l'Oscar de la meilleure actrice.
« Pourquoi? Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités? Parce qu'on ne saurait être heureux dans une situation pareille? Mais on était heureux! Parfois le souvenir n'est déjà plus fidèle au bonheur quand la fin fut douloureuse. »